Nous quittons nos vieilles maisons, mais elles ne nous quittent pas
Nous les quittons, mais elles ne nous quittent jamais… nos vieilles maisons.
Est-ce parce que leur architecture repose sur des fondations affectives ? Parce que chaque maison soutient le flanc de l’autre, tandis que chaque balcon tend la main à celui qui lui fait face ?
Ou bien parce qu’elles n’inscrivent ni n’effacent les noms de leurs habitants comme le font les hôtels, et que le parfum de la permanence les habite, tout comme Dieu illumine le visage d’un enfant ?
Il est si difficile de les arracher aux fibres mêmes du cœur. Elles qui ont retenu les chemins du vent sans jamais abandonner un seul grain de leur chapelet.
Tu peux enfourcher le tapis du vent, chevaucher l’inconnu, replier tes ailes telle une hirondelle égarée dans l’azur du ciel, contempler le soleil des soleils ; pourtant, elles ne briseront jamais l’étreinte de la glace qui t’enserre, jusqu’à la dispersion… jusqu’à l’éparpillement… jusqu’à l’évaporation. Bien au contraire, elles ranimeront ce qui semblait réduit en cendres.
Entre l’ici et l’ailleurs s’élève une symphonie éclatante : un orchestre d’oliviers, de chênes, de jeunes pousses de basilic, de roses du pays et de thym sauvage. Un lilas peigne sa chevelure violette et te sourit en silence.
Le démon de la nostalgie t’a soufflé quelques mots à l’oreille. Alors les images se sont effondrées dans tes yeux, une à une, comme les arbres brisés de l’automne.
Comment rassembler les éclats de verre de ton cœur ?
Te voilà à peigner les soirs, les rires, les conversations, phrase après phrase. Entre les silences passe ton enfance… tes bateaux de papier… une vigne enlacée à la fenêtre… le vieux portail de votre demeure…
Les visages de ceux que tu aimes surgissent devant toi : ta mère… ce grand prêtre qui faisait de la tendresse un véritable rite sacré… leurs voix dispersées dans la fête de la vie… leurs regards inquiets à l’approche du départ…
Là-bas, tu demeures planté comme le piquet d’une tente.
Tes larmes s’enlisent dans une impasse. Tu jettes la poupée avec laquelle tu tuais le temps… ce temps qu’une seule larme infidèle a suffi à trahir.
Ô saveur salée des souvenirs, si brûlante et si pénétrante !
Comment ont-ils embrasé d’un seul coup le bois mort de ton esprit ?
Comment le passé a-t-il rouvert sa fenêtre sur ton nouvel oreiller ?
Quelle étrange fuite est donc la tienne ?
Elles vivent en toi. Elles ne t’ont jamais quitté. En vérité, c’est toi qui es parti avec elles.
Traduction littéraire en langue française de Jamal Garougar –Maroc